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Dans le débat qui agite
le landernau éducatif il est grand temps de mettre les
pendules à l'heure. Artisans de l'innovation pédagogique,
partisans de l'éducation nouvelle, émancipateurs
de tous poils, soixante-huitards attardés, soyons sûrs
de ne rien regretter. Ou juste de ne pas encore avoir terminé
le travail...
Les tenants du retour aux-bonnes-vieilles-méthodes-qui-ont-fait-leurs-preuves
occupent actuellement le devant de la scène et les tribunes
médiatiques. Ils n'ont pas que de l'autorité à
revendre ils ont surtout de l'autorité à vendre.
Tout simplement.
A chaque épisode du prurit "retour à l'autorité",
il y a des choses à vendre. A chaque passage télé,
à chaque tribune de papier, c'est chaque fois de la promo
pour un bouquin, une méthode, un lieu à vendre.
L'autorité et la discipline dont ils se réclament
à tout bout de champ est en vérité une marchandise.
C'est donc là qu'il faut faire porter le fer. Ces "autoritaires"
ne sont pas plus disciplinés que vous et moi, ils ont
juste quelque chose à vendre. Et ont donc adopté
les bonnes vieilles méthodes du marketing ou de la propagande.
Une seule recette : détenir le pouvoir de la définition
des mots. Et le choix des armes. Ils savent que définir
l'adversaire c'est déjà le vaincre dans ce qu'il
devra parler leur langue et se placer sur le terrain choisi par
eux pour se justifier et se défendre.
Ils se sont donc emparés du mot "autorité"
et s'en servent à leur avantage. Depuis le célèbre
film "des êtres et des avoirs", c'est tendance.
Et ça rapporte. Le rétro est en vitrine. Ils s'en
servent. Remix, remix !
Soyons donc plus clair dans la contre-attaque. Contre la nostalpédagogie
mercantile, osons !
Et cessons de tergiverser : leur "autorité"
revendiquée ne s'oppose pas à notre "liberté"
honteuse ou à je ne sais quelle grosse indiscipline ou
laisser-aller mal assumé qui nous caractériserait,
elle s'oppose à notre autorité propre, à
notre expérience propre, à nos méthodologies,
à notre influence, à nos savoirs, à nos
choix, à notre histoire, à notre travail pour la
promotion collective.
C'est bien autorité contre autorité
dont il s'agit, la leur contre la nôtre, et c'est ce qui
doit valoir débat.
Car luxe suprème : notre autorité à nous
est gratuite ! Et qui plus est : laïque et démocratique
! Revendiquons-là. Notre autorité est de service
public. Et d'un !
Et de deux : nous sommes des partageux de l'autorité !
C'est là qu'est la vraie différence. Notre autorité
de maître, de prof, de parent, de spécialiste, nous
avons, en phase avec les grands mouvements d'émancipation
de l'humanité, décidé de la mettre en partage
avec ceux qui nous sont confiés, les enfants, les jeunes,
de la redistribuer égalitairement, d'inventer des répartitions,
des méthodes de travail, de l'entraide, du mutualisme
dans les organisations d'école, de classe, de groupe.
Cette autorité, à nous de la porter sur la place
publique et de la revendiquer pour ce qu'elle porte d'espoirs
démocratiques, de réussites personnelles et d'enrichissements
collectifs. A nous de revendiquer l'autorité gratuite
et de service public, à nous de faire avancer et de pratiquer
ici et maintenant l'idée de l'autorité à
partager pour l'émancipation de tous.
Décembre 2004- Gégé de Vitruve
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